Volontairement,
elle gardait un côté un peu souillon comme pour repousser les hommes qui
s’approcheraient d’elle. Elle avait plu dans le passé, elle le savait, elle
s’en doutait. Mais toutes ces histoires de sentiments avaient provoqué en elle
un rejet profond, viscéral de toute forme d’amour.
Elle vivait seule dans une petite chambre. Ce qu’elle préférait entre tout au monde c’était observer, contempler le fourmillement de la ville. Elle pouvait rester des heures accoudée au rebord de son unique fenêtre, à regarder les passants et saisir des instants volés à travers l’objectif de son appareil photo. Il ne lui restait que lui, son boîtier. Ami fidèle, il la suivait partout et ne la quittait pas. Elle l’avait choisi, attendu, choyé et il le lui rendait.
La petite piaule de Saleem était chargée, encombrée d’objets amassés avec le temps. Des poupées porcelaine, de vieux chandeliers, des cadres anciens, des montagnes de livres, des bougies, des plumes, des crânes humains et même des bêtes empaillées constituaient son univers,- enfermé entre quatre misérables murs. Elle s’attachait farouchement aux objets et leur vouait un culte incompréhensible aux yeux de tous. Mais elle s’en fichait, elle savait bien, elle, la valeur des objets comparée à celle des gens.